Le local blindé modulaire séduit le secteur bancaire. Il protège les distributeurs automatiques de billets, mais peut aussi se transformer en dressing sécurisé chez les particuliers. pLeins feux sur le Bunkerkit, une invention belge qui équipe déjà plus de 400 agences bancaires et qui vise aujourd’hui la clientèle privée.

Quel est le point commun entre ING, bpost, Dexia, BNP Paribas Fortis et la Bank of Tokyo ? Outre leur intérêt certain pour le business bancaire, ces organismes disposent, sur le marché belge, d’agences équipées d’un Bunkerkit. Traduction : un local modulaire blindé capable de résister aux assauts et aux tris de balles hostiles, du 357 Magnum à la Kalachnikov. Constitué de cloisons d’acier électro-zinguées, cet espace sécurisé de quelques mètres carrés habille aujourd’hui plus de 400 agences chez nous et au Luxembourg (principalement les pièces garnies de distributeurs automatiques), mais sa mission sécurtisante peut également être étendue au monde des entreprises et même des particuliers. Car ce “bunker en kit” peut aussi prendre la forme d’un local quelconque, voire même d’un dressing, derrière lequel se cache en fait une véritable panic room – une pièce de refuge, en français – où peuvent se retrancher les personnes menacées.

“C’est avant tout un retardateur d’effraction, précise Dario Dalla Valle, administrateur délégué de Metal Quartz, la société hennuyère qui fabrique et commercialise cette invention 100 % belge. Le Bunkerkit pourra résister de très longues minutes jusqu’à l’arrivée de la police, mais outre sa robustesse, c’est son principe modulaire et donc facile à placer qui séduit les entreprises.” Dix minutes tout au plus, deux personnes pas plus, pas de soudure, juste une clé de 13 : les panneaux solides (mais légers) se montent en deux temps trois mouvements au gré des humeurs du client. “L’avantage d’un tel système est sa flexibilité, confirme Rodrigue Goffinet, responsable “Bâtiments et Réseau infrastructure” au Crédit Agricole qui recourt aux services de la société Metal Quartz. Lorsque vous devez remplacer un distributeur automatique de billets, vous n’êtes pas obligé d’enlever toute la structure du local sécurisé. Vous pouvez vous contenter d’ôter les éléments modulables qui entourent les machines, ce qui, au final, se révèle beaucoup plus économique.”

L’autre avantage du Bunkerkit est qu’il répond également aux normes de sécurité Fincertif (niveau MB/E3) imposées par le secteur bancaire belge pour un prix somme toute raisonnable : de 15.000 à 20.000 euros en moyenne pour un local modulaire blindé de quelques mètres carrés en agence, avec toutefois un premier prix à 10.000 euros pour la panic room d’un particulier non soumis à certaines normes de sécurité en vigueur dans les banques.

De la CGER aux locaux blindés

Protégé depuis peu par un brevet européen, la success story naissante du Bunkerkit se fond dans l’histoire singulière de Dario Dalla Valle, un homme d’affaires de 52 ans aujourd’hui à la tête de Metal Quartz. Au milieu des années 1980, cet ingénieur en construction originaire de Charleroi mène une vie paisible à la CGER en tant que responsable de salles de coffres.Mais l’envie d’aller voir ailleurs le titille et en 1988, il rachète, via un financement, la société Hovine, une entreprise de neuf personnes active dans le secteur du bâtiment et surtout spécialisée dans l’aménagement d’agences bancaires. Au fil des ans, Dario Dalla Valle développe l’activité de la société, inaugure de nouveaux bâtiments à Péruwelz et surfe de plus en plus sur les dernières tendances sécuritaires des banques.

En 2007, il dépose le brevet du Bunkerkit sur le marché belge et poursuit peu à peu son ascension couronnée récemment par un brevet européen. Aujourd’hui, l’entrepreneur est à la tête d’une cinquantaine d’employés répartis entre deux entités : Dalla Valle SA, spécialisée dans le travail du bois et la gestion de chantiers, et Metal Quartz SA, davantage active dans la “menuiserie métallique” et la pose de locaux modulaires blindés.  Conquérant, l’homme vient même de poser un pied sur le sol français en créant la filiale Mecaprotection à Lille, suite à sa participation au Salon Expoprotection en novembre dernier, à Paris, un évènement dédié à la prévention et à la gestion de risques. “Notre volonté est clairement de nous tourner vers l’exportation, annonce Dario Dalla Valle, car nous avons eu de nombreux contacts à Paris, aussi bien avec des représentants de pays africains qu’avec des commerciaux de pays asiatiques. Mais nous ne sommes pas pressés. La priorité reste le marché européen et, dans un premier temps, la France, grâce à une stratégie de développement que nous menons en collaboration avec l’AWEX.

Séduire les grands patrons

Si le secteur bancaire représente pus de 90 % du chiffre d’affaires actuel de Metal Quartz, son administrateur délégué espère bien développer – outre ses nouveaux objectifs à l’export – le marché des entreprises et des particuliers en Belgique, encore peu réceptifs aux avantages du Bunkerkit. Certes, Dario Dalla Valle confirme avoir eu des demandes de devis de la part d’acteurs du secteur non-bancaire comme, par exemple, un laboratoire de cosmétiques,  une société de déménagement (pour le stockage d’œuvres d’art) ou encore le Centre de recherche nucléaire de Mol, mais il aimerait davantage sensibiliser les grands patrons à la nécessité de disposer, au sein de leur entreprise, d’un local sécurisé pour les valeurs de la société ou même les serveurs informatiques. Sans parler de la menace grandissante du tiger kidnapping qui devrait inciter de plus en plus de CEO à prévoir ce genre de panic room à la maison…

Si Metal Quartz a dégagé un bénéfice net de près de 182.000 euros en 2008, celui-ci est toutefois passé à moins de 16.000 euros en 2009, sans que cela inquiète pour autant son administrateur délégué. “Il est clair que nous avons été touchés par la crise comme tout le monde, concède Dario Dalla Valle, mais nous remontons la pente et les affaires reprennent. Et paradoxalement, même s’il y a de plus en plus de fusions et de moins en moins d’agences dans le secteur bancaire, il y a, au final, de plus en plus de travaux de transformation car les banques repensent leur façon d’accueillir leur clientèle.”

Une tendance que confirme Rodrigue Goffinet (Crédit Agricole) : “Chez nous, comme chez ING ou BNP Paribas Fortis, on s’oriente de plus en plus vers des agences ouvertes où le personnel n’a plus directement accès aux valeurs. Celles-ci sont plutôt concentrées dans les espaces sécurisés où se trouvent les distributeurs automatiques qui reprennent désormais la fonction de guichet puisque l’on peut y déposer et y retirer de l’argent. La multiplication d’espaces modulaires blindés s’inscrit dans cette logique qui consiste à réduire au strict minimum le risque en agence et à protéger au maximum le personnel des banques.” Bref, une aubaine pour le Bunkerkit belge.

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